J’aime bien le site de F9OE, d’ailleurs, je l’ai mis dans mes favoris, c’est dire ! Ses billets sont agréables à lire – ce qui n’est pas si fréquent sur le net – et notre ami nous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaîîîîîîîîîîître…. Je m’égare… Enfin bref, la lecture de ses post me promène dans le monde entier, plutôt par la voie maritime, ce qui me permet de voyager sans avoir le mal de mer. D’ailleurs, à chaque fois que je passe sur son site, j’ai l’impression de refaire le plein d’iode, ce qui est certainement très bon pour ma thyroïde martyrisée par l’environnement granitique du Limousin

Le personnage – que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam – me paraît néanmoins singulier si je m’en tiens à son site. Point de fioritures d’abord, la charte graphique est sobre et intemporelle, les lignes sont dépouillées  telles les frégates antiaériennes modernes, des lignes qui semblent gravées dans cette écume dont on fait les pipes (je ne parle pas de celles dispensées lors des escales). Ensuite, vous avez sans doute noté qu’il n’y a pas la possibilité de laisser de commentaires, ne serais-ce que pour lui dire combien on apprécie le lieu. De fait, peu semble lui importer ce que nous pensons de ses écrits, écrits qu’il continue à nous livrer de façon espacée mais régulière, un peu comme ces cargos qui labourent pesamment mais avec constance les océans. D’une certaine façon, j’ai le sentiment que ses post sont pour lui autant de bouteilles lancées à la mer, et peu importe ce qu’il en adviendra, peu importe si quelqu’un les trouvera sur une plage tandis que la mer se retire… Oui, j’aime bien cette vision poétique des choses !

Je me plais à imaginer notre Capitaine, désormais retraité, vivant dans une maison en pierre donnant sur la mer d’Iroise, passant ses soirées à contempler les flots déchaînés entre deux lampées de Chouchen… Lorsque Anaïk a terminé la préparation des galettes de blé noir, elle le fait mander à bord (celle là, je l’adore !) et il s’installe à table après avoir accroché son ciré ruisselant  à une patère murale en forme d’ancre marine. Plus tard, il s’installera à son bureau pour se livrer à son bricolage favori, à savoir l’introduction de fiers trois mats dans des bouteilles de cidre. Cette occupation nécessite bien sûr une grande concentration et notre ami le Capitaine s’énerve parfois, ses doigts crevassés par le glissement des drisses ne répondant pas toujours avec la précision requise… Heureusement, Anaïk veille et vient lui jouer un air de biniou afin de le détendre. Ha ! On ne saluera jamais assez le sens du devoir des Bretonnes, sens du devoir qui s’est forgé au fil des décennies sur des pontons  fouettés par les embruns, guettant à l’horizon le retour improbable du chalutier barré par leur cher loup de mer…

Pourquoi donc est-ce que je vous parle de notre ami le Capitaine ? Sans doute parce que le titre de son site indique « Ici F9OE, cinquante ans d’émission d’amateur ». Or, il ne nous parle pas tant que ça de radioamateurisme et, quand il s’y décide,  il s’agit plutôt d’histoires que les moins de vingt ans…. Heu… je crois que je l’ai déjà fait  un peu plus haut… Bref, notre ami le Capitaine  se situe plutôt dans le passé, tout ce qui est postérieur aux années 70 ne semblant guère présenter d’intérêt à ses yeux. Bon, c’est son choix mais je trouve dommage qu’il ne donne pas parfois son sentiment d’ « ancien » sur les coups de tabac qui agitent notre communauté ces temps-ci. Nul doute que ça ne lui plaît guère mais j’aimerais parfois avoir son avis : après 50 ans d’émission d’amateur, il en a certainement un.

Plus globalement, je crois qu’il est très représentatif de la  génération des « anciens », génération qui à baissé les bras face aux turpitudes des petits nouveaux que nous sommes, et qui préfère se remémorer les souvenirs d’un temps que les moins de…. Merde, je recommence, je ne sais pas pourquoi cette chanson d’Aznavour me trotte dans la tête aujourd’hui !

Ce soir, pendant que je m’alcooliserai copieusement lors d’une fête organisée pour célébrer le passage d’un très bon copain émigré à Marseille depuis quelques temps, notre ami le capitaine écoutera hurler le vent tout en sculptant une sirène dans un bloc de bois ramené par la marée sur la plage de galets. Ensuite, il allumera son ordinateur, lira ce texte et appellera sa femme : « Anaïk ! Regarde ce que ce marin d’eau douce à écrit !.… Mille sabords ! Que des conneries et ça m’agace… Oui ce bachi bouzouk m’a énervé et il va falloir que tu joues un peu de biniou pour me calmer les nerfs ! ».

Bien sûr, Anaïk s’exécutera, puis la vie reprendra, rythmée par le tic tac d’une horloge cirée avec soin…

On s’y croirait, non ?