DEDICACE

Aux victimes et aux familles des victimes des attentats de Madrid

N.L.

PREMIERE PARTIE: AZUCENA ET MARIE

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PROLOGUE

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« Que ce chemin nous mène le plus loin possible …

INTRODUCTION

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Il pensa que la brume qui l’entourait était vite arrivée ce jour-là. Denis ressentait un sentiment de quiétude, un bien-être inhabituel. Il était comme entouré d’un nuage.

La brume commençait à se dissiper, et il aperçut ce qui ressemblait à une grande dalle de béton.

Il n’y a plus rien, songea-t-il tristement. C’était ici. Arts graphiques. Toutes ces années de labeur. Son apprentissage et tout ce qui avait fait sa vie. Il entendait des murmures. le bruit des rotatives, l’odeur de l’encre, il revoyait les compagnons.

Sa bien aimée l’avait appelé.

-Viens dit-elle, je t’attends avec notre enfant.

Marie …

L’image de la dalle se dissolvait. ils se retrouvèrent.

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1. SEUL

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« Solo como la luna »

Denis venait de repenser à cette expression typiquement espagnole, -seul comme la lune- et se rendit compte qu’elle s’appliquait bien à sa situation actuelle. Il avait perdu depuis quelques années ses parents, dans un tragique accident de circulation causé par un chauffard qui ne fut pas retrouvé. Il était maintenant majeur, et avait appris la solitude.Il aimait dessiner et avait décidé de se tourner vers les professions graphiques. Cela lui permit d’intégrer la société d’arts graphiques où il avait suivi une filière traditionelle. Il y était entré comme apprenti, puis devint compagnon, et enfin maître à vingt-six ans.

Il avait entendu cette expression pour la première fois il y a bien longtemps. Il était enfant et son père, ingénieur de l’armement, avait sympathisé avec l’un de ses homologues étrangers lors d’une mission. Cette sympathie s’était transformée en amitié, et grâce à Juan, ses parents avaient acquis une maison de vacances aux Iles Canaries.

De nombreuses semaines de vacances pendant son enfance et son adolescence lui avaient également permis d’apprendre la langue espagnole,et cela devait l’aider beaucoup, plus  tard. Après la disparation de ses parents, Pierre, un proche collaborateur et ami de son père fut son tuteur légal jusqu’à sa majorité, et celui-ci le considérait comme son fils. Pierre, de son coté, avait une fille, du même âge que Denis, qui s’appelait Anne.

Sa soeur.

Pierre avait aussi réussi à intéresser Denis à l’informatique,domaine dans lequel il s’était montré particulièrement doué. Il développait souvent des programmes dont Pierre lui disait que cela pouvait l’aider dans son travail.

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Chez arts graphiques, la journée avait vite passé. C’était veille de jour férié, et Denis avait prévu de profiter de cette fin de semaine prolongée pour terminer quelques dessins. Le téléphone le tira de ses reflexions. C’était Patrick, qu’il avait connu au collège, et qu’il rencontrait de temps en temps. Il voulait l’inviter à diner, et aller ensuite au centre culturel près duquel il habitait. Pourquoi pas se dit Denis, je pourrais peut-être même rencontrer de nouvelles personnes. Il ne croyait pas si bien dire …

Ils dinèrent simplement dans une pizzeria, et après le repas, ils partirent pour le centre culturel où Ils arrivèrent vers vingt et une heure. Il y avait beaucoup de monde. Ce centre, connu pour l’aide qu’il apportait aux nouveaux talents musicaux, produisait des soirées de promotion selon des thêmes divers. Le thême retenu pour cette soirée était la musique de l’Amérique du Sud.

Denis et Patrick prenaient un café au bar. A part deux tangos argentins et l’incontournable « El condor pasa » à la flute de pan, la musique jouée par les musiciens était surtout du plus pur style espagnol. Patrick proposa à Denis de se rendre au fond, à une table où était assise une personne au cheveux longs.

-Tu vois cette personne ? c’est Azucena. Elle vient souvent ici, comme moi, et je lui ai parlé de toi. Et si vous faisiez connaissance ? Je crois qu’elle n’attend que cela.

-Décidément, lui répondit Denis en riant, tu penses à tout!

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Il se leva pour faire connaissance. Il passa près d’une autre table où était assise une jolie jeune femme qui ressemblait à la première. Celle-ci lui adressa un charmant sourire, et il fit de  même. Denis n’aimait pas s’encombrer de manières et s’assit en face d’Azucena. En l’espace d’un instant, il fut comme subjugué … il n’apprendrait que plus tard le rôle que peuvent jouer les phéromones de synthèse dans la séduction.

-Je suis Denis et ..

-Je sais qui tu es, l’interrompit-elle. Patrick m’a parlé de toi. Moi, c’est Azucena, mais je préfère Suzanne ou Suzie. Il m’a dit que tu es seul! Je crois que ce n’est pas bon de rester seul, si tu veux, nous pourrions nous voir. Elle n’a pas froid aux yeux pensa Denis.

-Et si nous dansions ? Ils dansèrent un peu, et après quelques tours de piste, elle le prit par le bras.

-viens, je veux te présenter quelqu’un. Ils s’approchèrent de la table où était assise la jeune femme qui avait souri précédemment à Denis.

-Denis, voici Emilie, ma soeur. Emi, c’est Denis. Tu sais, Patrick nous a parlé de lui.

Elle continua en espagnol, ignorant que Denis connaissait cette langue.

-J’ai réussi à mettre la main dessus. Denis ne répondit rien, il voulait savoir à quel jeu Azucena se livrait. Je disais à Emi que j’étais heureuse d’avoir fait ta connaissance, reprit-elle, en français. Denis perçut un léger voile dans les yeux d’Emilie. Ma soeur joue un jeu dangereux, pensait-elle. Ils discutèrent un moment, et Azucena proposa de se retrouver le mercredi suivant pour une soirée cinéma. Il les raccompagna ensuite, elles habitaient avec leurs parents dans le vieux quartier qui jouxtait le centre culturel. En cours de route, elle parla encore une fois espagnol avec sa soeur.

-tu as vu sa voiture ? Cela doit valoir cher, une telle voiture, et elle s’empressa de rajouter à l’intention de Denis, mais en français:

-Je disais à ma soeur que tu avais une belle voiture! Denis ne disait rien. Quelle garce, pensait-il. Mais il ne pouvait s’empêcher d’être attiré par elle. En le quittant, elles lui firent un bisou, et la joue d’Emi s’appuya un plus longtemps contre la sienne.

Après les avoir déposé, il rentra chez lui, et retrouva sa grande maison vide.

Trop grande et trop triste.

Il se coucha, et cette nuit là, il rêva d’Azucena. Le lendemain, il esquissa son portrait. Mais il pensait qu’il s’était peut-être trompé de table …

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