NDLA : ce petit roman est en jachère depuis plusieurs mois et il a fallu que je le relise pour me rappeler des détails de l’histoire ! Car j’ai décidé de le terminer pendant les vacances d’été. Dont acte.

Si vous avez manqué le début :

Irène, présidente de l’ANAR, connaît bien des difficultés pour maintenir à flot l’association nationale des radioamateurs du pays. En effet, elle doit faire face à l’opposition affichée de Martha, à la concurrence du ROA, association de radioamateurs microscopique mais très active, et de la LAPS qui ne s’intéresse plus  guère au radioamateurisme mais plutôt au bel uniforme des pompiers. Sans parler d’un site d’information sur le net, Hamonline, qui s’est fait une spécialité de la descendre en flamme et qui exploite toutes les failles, quitte à en rajouter, afin de décrédibiliser l’ANAR. La Tutelle, dirigée d’une main habile par Henri Demarteaux, n’est pas non plus le moindre de ses soucis…

Et comme si ça ne suffisait pas, Raoul, radioamateur intrigant et déçu, tente de fédérer dans l’ombre tous ces mécontents afin de porter Martha – et donc lui – au pouvoir.

Mais voilà, les belles paroles ne suffisent pas et la fine équipe des comploteurs va devoir agir  car Irène s’accroche à son fauteuil de présidente et représente le principal obstacle au grand coup de balai recherché par Raoul. En fait d’action, c’est d’ailleurs d’un coup d’éclat qu’il s’agit puisque la décision a été prise de prendre Irène en otage lors de son déplacement en Sambre Atlantique afin de lui faire signer, au besoin en lui tordant un peu le bras, une lettre de démission. A cette occasion, deux nouveaux comparses ont rejoint le complot : Martial Kléber, cibiste néophyte et néanmoins aspirant au radioamateurisme à condition que ce soit sans efforts, et Serge, Président de la LAPS qui se verrait bien faire une OPA sur l’ANAR. Ces deux arrivées compensent partiellement la défection de Mario, président du ROA, qui a préféré se faire hospitaliser plutôt que de poursuivre son implication dans le complot. L’issue est proche mais Raoul est-il aussi autonome qu’on pourrait le penser ? N’y a-t-il pas un autre larron qui, dans l’ombre, tire toutes ces ficelles ?

Cette aventure en cinémascope stéréo et 3D s’était arrêtée au moment où Irène prenait le train pour la Sambre Atlantique…

*

Chapitre XIV

La gare de Saint Locdu était éclaboussée de soleil et Irène se dit que ce week-end de quasi détente s’annonçait plutôt bien, elle en avait besoin et estimait qu’elle le méritait après les mois de galère qu’elle venait de passer à la tête de l’ANAR. Elle parcourut du regard la petite foule des badauds qui déambulaient dans le grand hall, quelqu’un devait probablement être là pour elle. Après un bref tour d’horizon, elle repéra un vieux type qui brandissait une pancarte sur laquelle était écrit « ANAR » en grosses lettres majuscules. Elle s’approcha du gars et lui tendit la main en faisant :

– Bonjour, je suis Irène, la présidente de l’ANAR. Je pense que vous êtes là pour moi ?

– Tout juste, madame la présidente… C’est un honneur… Si vous voulez bien me suivre… La voiture est garée juste devant.

Hector Lantrognet, tout à l’émotion de cette rencontre,  se rendit néanmoins compte qu’il ne s’était pas présenté. Il ajouta :

– Je suis F7XO, Hector, le plus ancien de la section de Haute Sambre… Raymond, F7AS, a pensé que l’honneur de venir vous chercher me revenait de droit !

– J’en suis ravie, cher Hector, vraiment ravie !

Ils sortirent de la gare et gagnèrent l’OPEL Vectra d’Hector garée un peu plus loin et qui avait été briquée de fond en comble pour l’occasion par son propriétaire : ce n’était pas tous les jours qu’on avait l’occasion de véhiculer une personnalité de ce calibre ! Irène voulut s’installer devant, près du conducteur, mais Hector fût inflexible et elle dût s’assoir derrière, craignant qu’il sorte du vide poche une casquette de chauffeur de maître ce qui ne fût heureusement pas le cas.

La voiture quitta son stationnement en douceur et s’inséra dans un flot  de circulation relativement modeste en dépit de l’heure. D’un autre côté, Irène admit qu’elle était en Sambre Atlantique et que la notion de circulation aux « heures de pointe » devait être sensiblement différente de ce qu’elle recouvrait dans la capitale… Elle se mit à observer l’architecture des bâtiments qui bordaient la rue pendant qu’Hector faisait :

– Je ne vais pas trop vite, madame la Présidente, il ne faudrait pas qu’on attrape un accident alors que tout le monde vous attend pour le cocktail de bienvenue au radio club… De toute façon, ils ne commenceront pas la réunion sans vous !

– En effet ce serait dommage ! Répondit Irène avec un petit rire.

– De plus, ajouta Hector, je n’y vois plus très bien. Il faut dire qu’à mon âge…

Irène se promit ne pas embrayer sur ce sujet de l’âge moyen des radioamateurs du pays, sujet qui faisait régulièrement la une des revues et autres sites internet radioamateurs mais pour lequel aucune solution n’avait à ce jour été trouvée.

*

Martial Kléber s’était levé à l’aube afin de vérifier une nouvelle fois son matériel. Le petit déjeuner avait été sommaire – il n’avait pas très faim, mais il s’était quand même autorisé un petit verre de blanc. Outre le fait que ce dernier allait lui éclaircir un peu les idées, il avait compris que l’alcool atténuerait les tremblements de sa main et lui permettrait d’optimiser sa précision de tir, une précision qui était d’ailleurs devenue suffisamment bonne pour qu’il envisage avec un certain optimisme la réussite de la mission. Gégé l’avait d’ailleurs chaudement félicité pour ses résultats, ajoutant que le début de l’entrainement l’avait un peu inquiété mais qu’il était désormais parfaitement serein.

Gégé avait débarqué chez Martial à neuf heures tapantes et s’était installé dans la cuisine en même temps que le reste de la famille Kléber. La mère avait aussitôt tiqué en le voyant se verser un café :

– Kesse tu fout là, Gégé ? C’est bien tôt pour toi ! Puis, s’avisant que son homme avait sorti son treillis et ses rangers :

– Kesque vous bricolez, là, les deux ? Je vous trouve bizarres ! Me dites pas que vous préparez une connerie ! Hein, Martial, qu’est-ce que tu prépares ?

– Mais rien du tout, qu’est-ce qui te prends ? On va faire un tour avec Gégé, c’est tout… J’avais juste envie de remettre ma tenue militaire, d’autant que c’est bien confortable.

– Et vous allez où, fagotés comme ça ? Hein ?

Le fait est que si la tenue para militaire de Martial était inhabituelle, celle de Gégé l’était tout autant puisque composée d’un vieux survêtement bleu tenu à la taille par un ceinturon de cuir, et complétée par un chapeau de brousse à la Indiana Jones. Un talkie walkie apportait une touche moderne à l’accoutrement et grésillait sur la table de la cuisine. Jason, qui n’avait encore pas dit un mot, fît :

– Ouais, c’est sûr qu’il y a de la connerie en préparation… Bonjour la dégaine !

– Toi, tu la ferme ! fît Martial que ne rechignait pas, à l’occasion, à montrer qui était le chef dans la baraque. Tu ferais mieux de bosser un peu tes devoirs… Tu vas voir quand je vais m’occuper de ces trucs qui puent que tu fumes avec tes potes… Ni une ni deux, que ça va faire, je vais te foutre tout ça dans les cabinets…

Après avoir poussé cette manifestation d’autorité, il ajouta :

– Bon, si ça vous intéresse, on va chez les radioamateurs…

– Accoutrés comme ça ?

Martial ne savait pas trop quoi répondre mais Gégé eut une illumination :

– On va faire une chasse au renard !

– Chez les radioamateurs ! Me prenez pas pour une conne !

– Ça je crois que c’est déjà fait ! fît Jason en ricanant par dessus son bol de café fumant.

Gégé, fort d’un savoir qu’il avait récemment acquis dans une revue, se lança dans une explication technique :

– Mais non, attendez, c’est pas des conneries ! En fait, y’a un émetteur qui est caché quelque part et on doit le retrouver avec nos talkie walkie. Je fais équipe avec Martial mais y’a plein d’autres équipes… Le but c’est juste de trouver l’émetteur caché les premiers. Et comme il est bien planqué, on s’est équipés pour crapahuter…

– C’est complètement nul, ce truc ! Ca sert à quoi ? Jason avait l’air intéressé.

– Tu ne peux pas comprendre, c’est technique, répondit Martial pour clore un débat qui l’inquiétait d’autant plus qu’il n’avait jamais entendu parler de cette histoire de chasse au renard. Sans doute que c’était une invention de Gégé car il trouvait cette affaire tellement nulle que ça ne devait probablement pas exister.

Ils vidèrent en silence leur bol de café et Gégé déclara sous l’œil suspicieux de la femme de son pote :

– Bon, ce n’est pas le tout mais si on veut trouver l’émetteur les premiers, on a intérêt à faire fissa !

En sortant du pavillon, Gégé demanda discrètement à Martial :

– C’est bon pour le matos ?

– Pas de problème, j’ai tout mis dans le coffre de la bagnole hier soir et revérifié ce matin. C’est OK

– Et tu te sens comment ?

– Ne t’inquiètes pas, ça va aller. Faudra juste que je reprenne un coup de blanc pour  finir de me  mettre en forme. Au fait, bien cette invention sur la chasse aux renards… Des fois, je me demande où tu vas chercher tout ça !

*

Martha avait commandé un cacao dans lequel elle trempait des croissants. Le moins qu’on pouvait dire est que l’émotion ne lui coupait pas l’appétit, émotion pourtant bien présente compte tenu de ce qui allait se dérouler au cours de l’heure suivante. Le bar tabac « Le Nemrod » était assez bien rempli, particulièrement du côté de l’enregistrement des jeux et du tiercé, mais personne ne semblait lui prêter attention, ce qui était plutôt une bonne chose. Elle avala une bouchée de son croissant et demanda à Jacques-Marie :

– Ça ne t’inquiète pas, toi, toute cette histoire ?

– Non, pas trop, de toute façon, j’assure juste le reportage de cette opération et je verrai si je peux en tirer quelque chose à publier sur Hamonline. Pour le reste, je suis innocent comme l’agneau qui vient de naître… Mais toi, je croyais que Raoul t’avait recommandé de ne pas venir dans le secteur…

– Raoul, Raoul…. Je n’ai qu’une confiance mitigée dans ce type. Surtout, je veux m’assurer que tout va bien se passer et que l’autre branque ne va pas blesser la Tsarine… Ce n’est pas que j’ai de l’affection pour elle, tu t’en doutes, mais bon, tirer sur sa voiture…

– Et qu’est-ce que tu vas faire, concrètement ?

– Je vais me poster près de l’endroit où l’interception doit se dérouler, entre parenthèses, merci de me l’avoir précisé car Raoul n’a rien voulu me dire, soit disant parce qu’on ne peut rien dire quand on ne sait rien, et je filerai la bagnole de la LAPS pour aller dans la planque de Raoul puisque nous ne savons pas où ça se trouve. Ce salopard n’a rien dit non plus sur ce point et c’est pour ça que je préfère être dans le secteur pour ne pas me faire doubler.

– Oui, c’est vrai que Raoul cache une partie de son jeu. Parfois, je me demande même…

– Quoi ?

– Si il n’y aurait pas quelqu’un d’autre derrière lui.

– C’est marrant, ce que tu me dis là… J’ai aussi cette impression mais je n’ai rien trouvé. De toute façon, on en aura le cœur net sous peu. Tu viens avec moi ? Comme ça, tu seras aux premières loges pour ton reportage !

– Ouais, ce n’est pas une mauvaise idée… Allez, c’est dit, je t’accompagne. Ou plutôt je t’emmène, je n’ai pas trop envie de laisser ma BMW garée dans ce coin…

Comme il n’était que 11H15 et que l’interception n’aurait lieu qu’une bonne heure plus tard, Martha fît renouveler les consommations.

*

Il y avait ce jour là du beau monde « radioamateur » à Saint Locdu, et il ne manquait finalement qu’une personne pour que le tableau soit complet. Paul, alias F7ING, arriva par la route vers 10H30 et alla directement rejoindre Raoul dans sa planque qui était en fait un garage qu’il avait loué pour l’occasion dans un quartier peu fréquenté de la périphérie de la ville. La porte était à demi ouverte et Paul vit Raoul en train d’agencer les chaises en plastique autour d’une table ronde qui provenait sans aucun doute d’un vieux salon de jardin. Posés sur cette table se trouvaient une chemise ainsi qu’un stylo encre. Raoul sursauta en voyant Paul débarquer et fît, une fois remis de sa surprise :

– Bon sang, Paul, qu’est-ce que tu fabriques ici ! Merde alors, j’ai failli avoir une attaque…

– Désolé, en fait, je me suis décidé au dernier moment. Pour dire la vérité, je n’aurais pas voulu rater la déchéance de la Tsarine pour tout l’or du monde ! Et puis je voulais aussi t’annoncer que j’ai un peu changé mes plans…

– Quoi ? Qu’est-ce qui a changé ? Tu m’inquiètes là parce que tout est prêt et que l’action va démarrer dans moins d’une heure…

– Non, rassure toi, tout va se passer comme prévu… Par contre, je crois que Martha ne fera pas une bonne présidente. J’en suis même sûr et ça fait un moment que ça me turlupine. Alors, j’ai décidé de me dévouer et de devenir le prochain président de l’ANAR. Ce n’est pas que ça me réjouisse mais bon, il y a des moments où il faut savoir prendre ses responsabilités. Bien sûr, je tiendrai les engagements que Martha a pris vis-à-vis de toi, tu n’as aucun souci à te faire sur ce point…

– Les grands esprits se rencontrent, fît Raoul et je dois dire que je ne voyais pas tellement Martha à la présidence. Tu seras beaucoup plus à ta place à ce poste…

– Bien, voilà donc une bonne chose de réglée… Il ne nous reste plus qu’à attendre l’arrivée d’Irène.

Raoul sortit deux gobelets en plastique qu’il posa sur la table, déboucha une bouteille thermos et versa du café.

*