Je viens d’apprendre, en regardant le net, le décès de F5GTR, Jean-Philippe. Sale nouvelle. Nous nous étions  un peu perdus de vue depuis le temps que j’ai quitté la Charente Maritime (1983),  mais j’avais l’occasion de le voir assez régulièrement lors du rassemblement annuel de Marennes.

Cette nouvelle m’a un peu secoué car JP, c’est mes débuts dans le radioamateurisme et le moins qu’on puisse dire est qu’il m’a connu tout « minot ». En fait, on s’est rencontrés par je ne sais quel hasard en 73 ou 74 et JP  a largement contribué à m’innoculer le virus de la radio. Combien d’heures ai-je passé dans son shack à tourner les boutons du poste qu’il utilisait en ce temps là -je ne me rappelle plus du TX en question mais c’était un monobande 27 mhz – pour écouter tous ces types qui parlaient souvent de fort loin… J’étais tout simplement émerveillé et, bien sûr, j’ai cassé les pieds à mon père pour qu’il achète un poste 27 mhz. Il a fini par céder à mes sollicitations de plus en plus pressantes, et a ramené un beau jour à la maison un appareil extrêmement performant, jugez plutôt  : un Stéphone, deux cannaux à quartz (super hétérodyne), modulation d’amplitude et 800 mw de puissance « output ». Une verticale fût posée sur le toit, vaguement planquée derrière la cheminée et roule ma poule, j’ai fait mes premières armes en émission, JP me donnant moult conseils. Bien sûr, mon installation ne pouvait rivaliser avec la sienne mais quel pied quand même d’autant que la propagation était exceptionnelles en ce temps là !

J’ai laissé tomber la radio quelques années plus tard car j’avais pas mal à faire par ailleurs (moto/ musique et… filles).

Mais le virus couvait toujours et, en 80, comeback chez JP, retrouvailles émues et découverte de son nouveau shack. L’artiste ne faisait toujours pas dans la demi-mesure et une superbe ligne Drake TR7 trônait sur le bureau, il y avait aussi un ampli avec deux 572B au final. Et une Moonraker six éléments sur le toit. J’ai recommencé à passer de longues soirées chez lui à écouter le déca en sa compagnie, et je vous garantis que nos yeux brillaient comme ceux de deux gamins devant une vitrine de Noël. « Bon sang ! Ecoute celui là, il est en amérique du sud ! »

Un soir, il m’a regardé gravement et à fait : « bon, maintenant on arrête l’écoute et on va bosser pour passer la licence ! ». je lui ai demandé si il se sentait bien et il m’a répondu : « quand on veut, on peut ».

Et il avait raison. On a commencé à bosser tous les deux en septembre sur le bouquin de Sigrand, on se voyait deux à trois fois par semaine pour s’entre-aider, et on bossait solo le reste du temps. Quand on en avait marre ou qu’on ne pigeait pas, on s’accordait une pause et on allumait le TR7 pour se rebooster, ça marchait à chaque fois et on retournait au charbon.

En novembre, on a envoyé le dossier je ne sais plus où pour s’inscrire à l’examen. Examen que l’on a passé en mars de l’année suivante et je vous garantis qu’on avait la trouille tout autant l’un que l’autre, on se disait qu’on était pas prêts… enfin, tous ces trucs qui passent par la tête quand on va passer un exam qu’on a très très envie de réussir. Ca se passait à Poitiers et Il avait amené un poste VHF (car il présentait la F1) et moi un TS 520 pour le déca. Et oui, à cette époque, il fallait venir avec son matos.

Epreuve écrite sur papier, QSO fictif avec l’examinateur et interrogation orale technique avec des questions posées par l’examinateur devant mon TS 520 capot ouvert. « Montrez-moi la partie HF… ». Des questions comme ça. Epreuve de CW à la fin.

On est ressortis de la salle d’exam comme le bonze dans « tintin au tibet », on lévitait comme des bienheureux et le retour sur La Rochelle s’est fait dans une joie indescriptible. Il allait recevoir son F1GTR quelques longues semaines plus tard, et moi F6HQY… Il n’a d’ailleurs passé la F5 que pas mal de temps après et est rapidement devenu un « cador » en contest, il organisait des contest party chez lui et Bertrand (F6HKA, grand télégraphiste devant l’éternel) y est souvent allé.

Toutes les sensations de cette époque qui étaient enfouies en moi sont en train de resurgir au moment où j’écris ces lignes et, sans avoir la larme a l’oeil, il y a quand même pas mal d’émotion.

Si il y a un « après », je suis certain qu’une demande d’installation de pylones va très vite être déposée sur le bureau de St Pierre. Je crois même que ce dernier aura intérêt à répondre favorablement à cette demande… Mais bon, quand JP sourit, personne ne peut rien lui refuser. Pas même St Pierre !